La poste de l’Assemblée nationale

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La poste de l’Assemblée nationale

 

L’Assemblée nationale a fait son apparition dans l’histoire postale aux premiers jours de la Révolution. Dès le mois de juillet 1789, à Versailles, les lettres partent avec la mention manuscrite « Assemblée nationale » qui atteste du droit à la franchise de port.
Un bureau de poste y est créé par décret du 19 octobre 1790. Seul habilité à traiter le courrier officiel, il se dote de griffes (cachets linéaires) imitant l’écriture manuscrite.
Bureau de poste et franchise pour le courrier de service : deux constantes que l’on retrouvera pendant plus de deux siècles malgré les changements de dénomination et de prérogatives imposés par les mouvements de l’Histoire.
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Premières griffes de l’Assemblée nationale (1790-1792)

 

convention La déchéance de Louis XVI est prononcée le 10 août 1792, la République est proclamée le 21 septembre. L’assemblée prend le nom de Convention nationale.

anciens A partir de 1795, le pouvoir exécutif scinde l’assemblée en deux : le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens. Une façon pour le Directoire, et plus particulièrement pour Bonaparte, de réduire l’influence des législateurs.
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C’est avec l’aide de son frère Lucien, président du Conseil des Cinq-Cents que Bonaparte s’empare du pouvoir, lors du coup d’Etat du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799).
fleche Deux griffes sous le Directoire. Noter l’orthographe « Cens », normale jusqu’au XIXe siècle.

 

 

conseil d'etat
  Diviser pour mieux régner. Sous le Consulat et le Premier Empire (1799-1815), quatre assemblées législatives sont créées : Conseil d’État, Tribunat, Corps législatif et Sénat. Napoléon Bonaparte détient seul les rênes de l’exécutif, donc tous les pouvoirs.

 

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tribunat       corps legislatif senat
fleche Les principaux services d’un corps constitué sont susceptibles d’avoir leurs propres marques de franchise postale.

 


 

Avec Louis XVIII, retour à la monarchie constitutionnelle.
Les assemblées législatives sont ramenées à deux :
Chambre des députés et Chambre des pairs,
sur le modèle britannique.
Le système marque un pas vers la démocratie puisque la Chambre des députés est élue (indirectement, toutefois) mais surtout parce que, pour la première fois, le gouvernement est responsable devant le Parlement.
chambre députés

 

 

chambre pairs
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flèche Griffe signifiant « BUREAU DE POSTES/ CHAMBRE DES DEPUTES DES DEPARTEMENTS ». Elle a été en service de la première  Restauration au début du règne de Louis-Philippe (1814-1834). La lettre est adressé au marquis Gras de Préville, député des Bouches-du-Rhône de 1831 à 1839. Bien que non datée, elle a dû être expédiée entre 1831 et 1834. 

 

 



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fleche  Sous Louis-Philippe, la Poste se dote de « timbres-à-date », cachets circulaires portant la date de départ ou d’arrivée d’une lettre. La Chambre des députés et la Chambre des pairs se mettent au diapason. De nombreuses griffes linéaires restent cependant utilisées dans leurs différents services.

asna-1848 1848. La Révolution chasse le roi. Avec la IIe République, l’assemblée reprend le nom de 1789, « Assemblée nationale ». L’année suivante, la France adopte le paiement du transport des lettres à l’avance, par l’expéditeur (jusque-là, il était généralement payé par le destinataire). Un système mis au point neuf ans plus tôt par les Anglais et qui avait abouti à l’invention de petites vignettes matérialisant ce paiement au départ : les timbres-poste. A l’Assemblée nationale comme ailleurs, les lettres privées doivent être revêtues d’un de ces timbres qui est alors oblitéré à l’aide d’un cachet en forme de losange identique à ceux qui sont en service dans tous les bureaux de poste de France. Le cachet-à-date est frappé à côté.

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Comme son oncle, Napoléon III fonde son empire sur un coup d’Etat et réduit le pouvoir législatif en créant trois assemblées : 
Sénat, Corps législatif et Conseil d’Etat. 

 

gauche Deux marques de franchise du Second Empire droite

 

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Grille « muette » utilisée dans toutes les postes de France pour oblitérer les timbres. haut
1870. Après la chute de l’Empire, l’invasion des armées allemandes oblige le gouvernement à se réfugier à Tours, puis à Bordeaux. L’Assemblée nationale l’y rejoint le 12 février. Le cachet créé à cette occasion n’a guère le temps de servir : le 20 mars, tous les corps de l’Etat se retrouvent à Versailles. Ils ont choisi la cité royale et non Paris, de peur d’être les otages de l’insurrection qui a éclaté deux jours plus tôt dans la capitale, la Commune. 
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Cachet oblitérant « AS.NA. » propre à l’Assemblée. haut
La grille oblitérante passe-partout est abandonnée au profit d’un losange constitué de points et portant un indicatif différent pour chaque bureau. Pour l’Assemblée, ce seront des lettres : « AS.NA. ». Le cachet-à-date conserve lui aussi le nom révolutionnaire « ASSEMBLEE-NATLE« . Pourtant, les députés élus sont majoritairement monarchistes, tout comme le chef du pouvoir exécutif, Adolphe Thiers. C’est la « République des Ducs ». 
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(Coll. CJ)

1876. Suppression de tous les cachets oblitérants. Désormais, les timbres sont annulés avec le cachet-à-date. Celui-ci est donc frappé deux fois : une fois sur le timbre, une fois à côté. Une réglementation toujours en vigueur. A l’Assemblée nationale, cela concorde avec un retour à la « Chambre des députés ».  Malgré la connotation monarchiste, cette dénomination restera en vigueur durant toute la IIIe République, c’est-à-dire jusqu’au 10 juillet 1940 et à la proclamation de l’ « Etat français » dirigé par le maréchal Pétain.
La Chambre reviendra à Paris le 4 novembre 1879.

 


Congrès du Parlement : retour à Versailles
Une révision de la Constitution nécessite la réunion du Parlement. Les deux corps legislatifs, le Sénat et l’Assemblée nationale, se transportent alors à Versailles. Là, un bureau de poste est mis en place le temps du congrès. C’est traditionnellement aux postiers de l’Assemblée nationale que revient la mission de le faire fonctionner
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Dernier Congrès du Parlement pour le président de l’Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, qui signe cette carte (19 février 2007).

 

 

 

Références philatéliques :
fleche Catalogue des marques postales et oblitérations de Paris, 1700-1876, par A. Rochette et J. Pothion (1958)
fleche Bureaux spéciaux, franchises, contreseings, marques administratives, des origines à 1900, par Jean Sénéchal (Editions Bertrand Sinais, 1998)
Référence historique :
http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/7da.asp